07/12/2004

La route

Etape 1
 
Je marche sur une route de terre rouge, mes pas s'enfoncent dans la poussière, pieds nus je me sens profondément enracinée dans cette terre d'Afrique sur laquelle j'ai posé en premier les yeux. Le soleil au zénith, me caresse le dos et les mains, j'ai chaud et les palmiers m'offrent généreusement leur ombre, mais loin de connaître leur valeur, je m'en vais continuant sur ce long chemin. Au bout je ne vois rien, mais je sens que là-bas il me faut arriver.
 
Des enfants en haillons s'amusent au bord du chemin, leurs ventres gonflés par le riz mal cuit qu'ils ont avalé en hâte hier soir contraste fort avec les sourires radieux qui illuminent leur visage...leur peau d'ébène luit au soleil, j'ai envie de toucher cette peau si profondément unie à cette terre qui supporte mes pas. Une petite fille attire mon attention. Assise entre les jambes de sa grand-mère qui la tresse, elle est concentrée sur une fourmi rouge qui danse sur son orteil. Concentrée parce qu'il ne faut pas qu'elle bouge, même si sa grand-mère lui fait mal, elle serre trop, semble vouloir lui arracher les cheveux. Voyant mon ombre qui se mêle au sien, elle me regarde fixement, puis me sourit...sourire d'une enfant qui n'a jamais traversé la route qui sépare son village du reste du monde, le sien se résume à sa famille et à ses palmiers qui l'ont toujours protégée.
 
Je remarque qu'elle a le bras entouré d'un plâtre, j'aimerais lui demander ce qui lui est arrivé mais je sens aussi que ce serait inutile...hier alors que sa mère avait le dos tourné, elle s'est renversé un bol de lait chaud sur l'avant-bras. Accident domestique, première douleur gravée dans la chair...à cette seule pensée, mon bras gauche s'enflamme aussitôt, la chair crépite bientôt une odeur de brûlé envahit mes narines...la petite fille me regarde et rit en levant son propre bras vers le ciel, plus de plâtre, une cicatrice à peine visible. Ma propre peine augmente, elle se rit de moi, se moque de ma douleur, insensible et trompeuse...je tombe.
 
Des odeurs, des goûts, mes sens sont en alerte et mon corps inconscient...papaye, vin de palme, manioc, mangue dont le souvenir du jus m'ouvre l'appetit. Souvenir de ces produits tropicaux qui ont bercé mon enfance primaire autant que les étoiles de l'équateur et les chansons d'amour d'une vieille femme oubliée :
 
Kiki, qu'est-ce qui ne va pas ? Avant que tu vas pleurer sans jamais t'endormir, quand papa va venir, quand maman va venir...

11:42 Écrit par teen_spirit | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

. Vraiment très touchant, prenant.
Merci de tant de compliments.
Gros bizoos

Écrit par : Epine de Rose | 07/12/2004

Les commentaires sont fermés.